Eaux Vivantes
Des faits sur Préserver la source de la vie L’eau en Afrique
L’Afrique semble bénie des dieux pour ce qui est des ressources hydriques, qu’il s’agisse des grands fleuves – parmi lesquels le Congo, le Nil, le Zambèze et le Niger – ou du lac Victoria, le deuxième plus vaste au monde.
Pourtant, l’Afrique est le deuxième continent le plus sec après l’Australie, et des millions d’Africains subissent des pénuries d’eau tout au long de l’année. Ces pénuries sont souvent dues à une répartition inégale de la ressource – bien des régions où l’eau est abondante sont peu peuplées – et à sa gestion déficiente. Le bassin du Congo, où 30 pour cent de l’eau du continent draine un territoire habité par seulement 10 pour cent de la population africaine, illustre bien cette disparité dans la disponibilité de l’eau.
Pénurie d’eau
Quatorze pays d’Afrique pâtissent déjà d’une raréfaction de leurs ressources en eau, et on estime que 11 autres pays devraient connaître le même sort à l’horizon 2025, où près de 50 pour cent de la population africaine prévisible – 1,45 milliard de personnes – devra faire face à une situation de raréfaction, voire de pénurie d’eau. En Afrique subsaharienne, près de 51 pour cent de la population – soit 300 millions de gens – n’a
pas accès à une eau de qualité et 41 pour cent ne bénéficie pas de conditions sanitaires décentes.
Plus de 80 bassins fluviaux et lacustres du continent africain sont partagés entre deux ou plusieurs Etats, et de nombreux pays sont tributaires de l’eau apportée par des fleuves et rivières dont la source se situe hors des frontières nationales. Certains projets d’infrastructure à grande échelle destinés à l’exploitation des eaux, en particulier la construction de barrages, peuvent aggraver l’impact des inondations et des sécheresses, compromettant les bases de subsistance de la population et restreignant encore davantage son accès à l’eau.
En Afrique du Sud, le Programme
«Working for Water» et de nouvelles lois sur l’eau mettent en évidence des approches permettant de juguler la
raréfaction de l’eau par une meilleure gestion des ressources naturelles. Grâce à ce programme, de nombreux Sud-Africains défavorisés ont pu trouver un emploi: ils éliminent les plantes buveuses exotiques qui envahissent certains cours d’eau et diminuent leur débit. Ces travaux vont permettre de fournir de l’eau à la population et à la nature sans que de nouveaux barrages soient nécessaires.
Eau et conditions sanitaires
Au cours de ces dix dernières années, l’approvisionnement en eau
et les conditions sanitaires se sont dégradées de 2 pour cent en Afrique rurale, et elles sont restées à un niveau médiocre dans les zones urbaines. Les régions arides et semi-arides, tout particulièrement en Afrique soudano-sahélienne et en Afrique du Nord, sont les plus exposées au phénomène de raréfaction de l’eau. Le caractère limité des ressources hydriques, de même que la demande croissante
d’eau pour la production agricole et industrielle, sont à l’origine d’une bonne partie des problèmes.
Eau et santé
Près de la moitié de la population africaine (778 millions de personnes en 1997) est touchée par l’une des six grandes maladies liées à l’eau. Le manque de préparation aux risques et de mesures préventives est un facteur aggravant: au Mozambique, un bon million de personnes ont été déplacées en raison des inondations de 1999/2000, qui ont fait un nombre indéterminé de victimes. Chaque jour, 650 personnes meurent de diarrhée en Afrique, principalement des enfants de moins de cinq ans. Plus de 10’000 personnes ont contracté le choléra en Afrique du Sud en 2001, lors de poussées épidémiques.
Eau et vie sauvage
Le fleuve Niger et les vastes plaines inondables qui le bordent abritent des espèces menacées telles que le lamantin d’Afrique de l’Ouest, l’hippopotame, le crocodile et la grue couronnée. Les eaux du Niger sont peuplées par 243 espèces de poissons de 36 familles différentes; 20 de ces espèces ne se rencontrent nulle part ailleurs dans le monde.
Le lac Malawi, appelé lac Niassa au Mozambique et Nyasa en Tanzanie, recèle l’ichtyofaune d’eau douce la plus riche de toute la planète. On trouve en effet dans ses eaux 14 pour cent des espèces de poissons d’eau douce répertoriées dans le monde, dont 99 pour cent sont endémiques à ce lac. Le lac Malawi offre en outre un
habitat à 188 espèces de mammifères, 140 espèces de reptiles et 90 espèces de batraciens.
•L’Afriquecompteàpeuprès800millionsd’habitants (13% de la population mondiale) et représente environ 2% de la production économique mondiale.
• Les 29% environ de la population du continent vit en Afrique de l’Ouest, 27% en Afrique de l’Est, 18% en Afrique du Nord, 17% en Afrique australe et 10% en Afrique centrale. L’Afrique du Nord est la région la plus urbanisée du continent, l’Afrique de l’Est la moins urbanisée.
• Globalement, ce sont les secteurs agricole et minier qui occupent le plus grand nombre de personnes. A peu près les deux tiers environ de la population d’Afrique australe tire son revenu de l’agriculture.
• De vastes régions désertiques ou de forêts denses sont presque inhabitées, tandis que la densité démographique est très élevée dans des pays comme le Nigeria ou des régions telles que la vallée du Nil et les Grands Lacs. Deux des plus grandes villes du monde – Le Caire et Lagos – se situent en Afrique.
• Les estimations sur le nombre de langues parlées sur le continent africain varient entre 700 et 3’000. Les principales langues quant au nombre de locuteurs sont les suivantes: afrikaans, akan, amharique, arabe, anglais, français, foufouldé, haoussa, igbo, malgache, oromo, portugais, rwanda, shona, somali, sotho, swahili, xhosa, yorouba et zoulou.
Source: Département américain de l’énergie http://www.eia.doe.gov/emeu/cabs/africa.html
WWF/John Newby
WWF/John Newby
Eau et sources de montagne
On qualifie souvent les montagnes de «châteaux d’eau» de la nature. En raison de leur masse et de leur forme, elles obligent les couches d’air à s’élever, les faisant se condenser en nuages, qui sont à l’origine des précipitations alimentant les cours d’eau. La Vallée du Rift, en Afrique de l’Est, s’étend du nord au sud sur une longueur de presque 4000 kilomètres et englobe le Kilimandjaro, qui culmine à près de 6000 mètres. La Guinée, avec le massif du Fouta Djallon et les Monts Nimba, compte pas moins de 1165 cours d’eau totalisant une longueur de 6500 kilomètres et répartis entre 23 bassins, dont 12 franchissent des frontières nationales. Du fait de leur rareté – comparativement à d’autres régions –, les zones de montagne et d’altitude du continent africain sont d’une grande importance pour l’alimentation des bassins versants.
La déforestation et le surpâturage peuvent considérablement réduire la disponibilité de l’eau provenant des zones humides de montagne. Ces zones humides sont importantes pour le maintien des niveaux hydrostatiques et l’alimentation des nappes phréatiques, qui fournissent l’eau prélevée aux puits, fontaines et robinets, ou dans les rivières, pour répondre aux besoins quotidiens de base. Sur toute la planète, les niveaux hydrostatiques baissent rapidement, dans une mesure comprise entre un et trente mètres, parfois plus. En certains endroits et à certaines saisons, une baisse d’un mètre du niveau de la nappe phréatique peut déjà compromettre sérieusement l’accès de la population à une eau qualitativement et quantitativement suffisante.
Eau et alimentation
Plus de 2’600 espèces de poissons d’eau douce ont été recensées en Afrique, et le poisson constitue les 21 pour cent de l’apport en protéines animales sur le continent, qui occupe à cet égard la seconde place après l’Extrême-Orient. En 1994, les prises en eau douce en Afrique subsaharienne se sont élevées à 1,6 million de tonnes – 40 pour cent du volume total pêché dans la région.
La majeure partie de l’eau dérivée pour l’utilisation humaine en Afrique est destinée à l’agriculture irriguée. Bien trop souvent, ces pratiques agricoles ont été mal planifiées et n’ont pas apporté les bénéfices qu’on en attendait pour les populations pauvres. Elles ont également réduit les vivres provenant de sources traditionnelles telles que les pêcheries fluviales, ainsi que les volumes alimentaires issus de modes traditionnels comme la mise en culture lorsque l’eau des crues se retire des plaines d’inondation.
Vers le changement
L’amélioration de l’accès à l’eau et des conditions sanitaires n’est qu’une partie de la solution. Les robinets et conduites sont simplement des mécanismes d’approvisionnement; l’eau ne peut être préservée en tant que ressource que par la préservation des zones humides, qui en sont la source, et des rivières et fleuves, qui la transportent.
La mise en place d’une gestion efficace des ressources hydriques en Afrique implique la participation représentative de tous les acteurs et la prise en compte du cycle de l’eau, de la qualité de l’eau et de la biodiversité qui y est liée. Parmi les premières étapes à mettre en œuvre:
• Instituer d’ici à 2010 des autorités multilatérales de gestion des bassins versants pour plus de 50 pour cent des 80 cours d’eau et lacs transfrontaliers d’Afrique;
• Etablir des plans nationaux de saine gestion et d’utilisation raisonnée des zones humides, et placer sous protection 50 millions d’hectares de zones humides d’eau douce en vue de préserver les bases de subsistance des populations locales, d’ici à 2010.
Le WWF a pour objectif de stopper la dégradation de l’environnement dans le monde et de construire un avenir où les êtres humains pourront vivre en harmonie avec la nature:
– en préservant la diversité biologique du globe,
– en garantissant une utilisation durable des ressources naturelles renouvelables,
– en encourageant des mesures destinées à réduire la pollution et la surconsommation.
Préserver la source de la vie
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